Sur le front : le vrai du faux sur le recyclage et la consigne

#recyclage#réemploi
L'émission Sur le front présentée par Hugo Clément a consacré un reportage qui met en cause l'efficacité du recyclage des emballages, notamment des pots de yaourt, et déplore la lenteur du retour à la consigne pour réemploi. Pour mieux comprendre la réalité et nuancer les raccourcis, Citeo répond à 8 affirmations du reportage.

« Seuls 3% des pots de yaourt consommés en France sont recyclés »

FAUX, mais cela reste très peu et ça s’explique... et surtout cela va progresser.

Aujourd'hui, 5% des pots de yaourt mis sur la marché sont envoyés au recyclage. Ce qu’il faut comprendre : on trie depuis peu les pots de yaourt. Historiquement dans la famille des emballages en plastique, seuls les bouteilles et flacons pouvaient être déposés dans la poubelle jaune. C’est seulement depuis le 1er janvier 2023 que la quasi-totalité des Français peut trier les pots de yaourt, mais aussi les tubes ou encore les baquettes ce qui leur permet d’être recyclés. Le geste de tri des pots de yaourt est donc très récent, leur recyclage aussi. Pour dépasser ce chiffre de 5% et recycler plus de pots de yaourt et pour de meilleurs débouchés, il faut :

  • Que les Français les trient plus ! et c’est normal qu’il faille un peu de temps pour prendre cette nouvelle habitude de tri (voir le spot de notre campagne On ne lâche rien ! qui met en scène ce geste de tri). Les quantités de pots triés devraient donc augmenter progressivement. Syndifrais a par ailleurs lancé une campagne de communication, #TriTonPot, pour encourager le geste de tri des pots de yaourt.  
  • Que la filière de recyclage des pots de yaourt, et des emballages en polystyrène en général, se développe. Et c’est le cas : en 2024, 5 000 tonnes ont été triées puis envoyées au recyclage, soit près de deux fois plus qu'en 2023 ! Et ce chiffre va continuer à progresser dans les prochaines années.

Voici les étapes par lesquelles les pots de yaourt passent avant d'être recyclés :

  • Les pots de yaourt triés dans la poubelle jaune sont collectés par les éboueurs et transportés dans des centres de tri, des sites industriels qui séparent par famille les emballages (carton, métal, plastique) et les papiers.
  • Ils en sortent regroupés dans des paquets, appelés balles, et mélangés à d’autres emballages en plastique comme les barquettes, les bouteilles colorées d’eau gazeuse et les bouteilles de lait en plastique blanc. Ils ne peuvent pas être séparés dans les centres de tri car cela demanderait des investissements trop importants pour des quantités encore faibles (car on trie ces emballages depuis peu).
  • Ils sont donc dirigés vers un centre de surtri. Deux sont en service : à Ruffey-lès-Beaune, opéré par Bourgogne Recyclage, où Hugo Clément s'est rendu alors qu'il était encore en phase de test, et à Epinal, opéré par Suez. Un troisième le sera en 2025 à Mende. Ces centres de surtri disposent d'équipements très performants pour séparer ces emballages par résine et par forme avant de les envoyer dans leurs usines de recyclage respectives.
  • Les pots de yaourt triés envoyés chez des recycleurs dotés de technologies de recyclage du PS. Ils étaient jusqu'à présent recyclés uniquement en Espagne dans l'usine de la société Eslava pour fabriquer des cintres ou des pots de fleurs. Aujourd'hui, ils sont aussi envoyés en Belgique dans l'usine d'Indaver (actuellement en phase de pré-industrialisation) en vue de leur recyclage pour redevenir des pots de yaourt. 

En moyenne, dans ces centres de surtri, 95% de la matière part au recyclage. Malgré le process très performant, il y a toujours un peu de matière refusée. Mais rien ne se perd et tout se transforme dans ces usines : ainsi les 10% refusés sont transformés en combustible (le CSR) qui sert à produire de l’énergie.

Zoom sur une balle de pots de yaourt et d'emballages en polystyrène prête à partir au recyclage.

Tout savoir sur les centres de surtri

Les centres de surtri : le nouveau maillon de la chaîne du recyclage en France

#centre de tri#recyclage

« Les pots de yaourt ne sont pas recyclés en pots de yaourt »

VRAI ET FAUX, car cela va prochainement changer.

A partir de 2025, 80% des pots mis sur le marché et triés serviront à refaire des pots de yaourt. L’usine de recyclage de la société Indaver basée à Anvers qui les prendra en charge est entrée dans sa phrase de pré-industrialisation : le site réceptionne depuis plusieurs mois des balles d’emballages en PS en provenance de territoires français. Les 20% restants continueront à être recyclés en Espagne. La filière de recyclage est donc en train de se développer. 

« Une part des emballages triés dans le bac jaune, dont les pots de yaourt, sont brûlés pour alimenter des cimenteries »

VRAI ET FAUX

La grande majorité des emballages triés dans le bac jaune sont séparés par matière en centres de tri et orientés vers leur filière de recyclage existantes ou en développement, comme pour les emballages du « flux développement » ; parmi eux les pots de yaourt.
Seuls, les emballages encore sans filière, ni filière en développement, les très petits emballages ou petits morceaux d’emballages (cela peut arriver d’en retrouver en fin de process de tri industriel) sont orientés vers l’incinération. Cela représente une toute petite partie du bac jaune à laquelle s’ajoute les erreurs de tri (objets, couches, mouchoirs, jouets…).
Pour faire baisser ces refus de tri, plusieurs actions sont menées : sensibiliser les citoyens pour qu’ils évitent de faire des erreurs, mieux capter les petits emballages, notamment métalliques (opercules, capsules de café), écoconcevoir tous les emballages pour qu'ils soient compatibles avec les filières de recyclage existantes ou en développement. 

« La consigne pour réemploi, c'est mieux pour la planète et moins cher pour le consommateur »

VRAI ET FAUX.

La consigne pour réemploi permet de réduire les emballages en les utilisant plusieurs fois. Le montant de la consigne payée par le consommateur au moment de l’achat du produit emballé lui est rendue quand il rapporte l’emballage pour que celui-ci soit utilisé plusieurs fois. Ce système vertueux, qui existe sous la forme de nombreuses initiatives locales est en train de s’organiser au niveau national. Mais attention, il ne sera pas forcément moins cher pour le consommateur - en tout cas pas à court terme - parce qu’il représente aujourd’hui un coût logistique et des investissements du côté des marques qui s’engagent pour proposer des produits dans les emballages réemployables consignés.  

« Les industriels mènent un intense lobbying contre la consigne pour réemploi »

VRAI ET FAUX.

On ne peut pas faire de généralités, on constate un engagement de nombreuses marques et distributeurs pour développer le réemploi. Pour preuve, la mobilisation des entreprises, des acteurs du réemploi, dont des associations de promotion du réemploi, au sein de la démarche ReUse conduite par Citeo. Fruit de ses travaux démarrés en 2023, une boucle de réemploi mutualisée qui sera expérimentée dans 4 régions du grand Nord-Ouest à partir de mai 2025 : 16 millions d’habitants trouveront une offre de 30 millions d’emballages réemployables pour de nombreux produits alimentaires, et ce dans 750 magasins. Par ailleurs, Citeo investit également jusqu’à 50 millions par an pour soutenir des projets de réemploi des emballages, portés par différents acteurs, partout en France.
 

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#réemploi#économie circulaire

« La consigne pour recyclage des bouteilles en plastique est une fausse consigne. »

FAUX.

Au départ, c’est le même principe que la consigne pour réemploi : le consommateur récupère une somme d’argent payé lors de l’achat quand il rapporte l’emballage du produit qu’il a consommé. En revanche, ce qui change, c’est ce qui va advenir de cet emballage. Dans le système de consigne pour recyclage, l’emballage est envoyé au recyclage. Consigne pour réemploi et consigne pour recyclage sont deux systèmes complémentaires qui sont très performants pour collecter les emballages. Ainsi, avec ces deux systèmes combinés, l'Allemagne réussit à collecter plus de 90% des bouteilles en plastique.

« Les bouteilles d’eau en plastique recyclé ne servent pas à refaire des bouteilles d’eau en plastique » 

FAUX.

Ce qu’on appelle le « bottle-to-bottle » est bien une réalité. Si en moyenne, les bouteilles en plastique contiennent 25% de plastique recyclé, certaines bouteilles en PET clair sont bien intégralement conçues en PET recyclé. Ceci dit, pour refaire une bouteille en plastique recyclé, il faut un peu plus que l’équivalent d’une bouteille, car lors du process de recyclage, un peu de matière est perdue. 
 

« Il faut forcément du sable pour produire une bouteille en verre recyclé »

VRAI.

Les fours verriers sont très performants et peuvent accueillir jusqu’à 90% de calcin (le verre recyclé) pour concevoir une bouteille. Mais en effet, une part de matière première (notamment du sable) est nécessaire. L'intégration d'un kg de calcin permet d'économiser 1,2 kg de ressources naturelles, comme le sable. Précisons aussi que l’industrie du verre agit pour réduire la production d’énergie de ses usines avec des actions ambitieuses et coordonnées à l’échelle européenne.  

En savoir plus sur la réduction des émissions de carbone des usines verrières

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#emballages#verre
#recyclage#réemploi#emballages
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